ἀφορίζειν

Ce n’est pas parmi les étoiles qu’on les voit le mieux.

(ou:)

C’est à terre qu’on voit bien les étoiles.

*

Être brin d’herbe, être étoile, être fleur, être lune.

*

L’infiniment petit, l’homme, l’infiniment grand.

(ou:)

Bassesse, richesse, homme, pauvreté, grandeur.

*

Tu es là : le monde est plein.

(ou:)

Un seul être vous manque et tout est peuplier.

*

« Un duel à trois, c’est quoi ? Une truelle ? »

*

 

*

Singulier, singulatif, duel, triel, quatriel, paucal, pluriel, collectif, partitif. Mais le pirahã ne connaît pas de nombre grammatical.

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Toutes trois, tour à tour, racontons quelque histoire.

(ou:)

When shall we three meet again?

(ou:)

1, 2, 3, trois petits chats.

*

Quelque aphorisme ne distingue rien d’autre qu’un doigt dans la nu

 

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Ton du Tao (Taon du tas haut)

Pour que l’ordre règne, il est essentiel que le peuple jouisse de la paix ; pour que le peuple jouisse de la paix, il est essentiel que ses besoins soient satisfaits ; pour que ses besoins soient satisfaits, il est essentiel de ne rien entreprendre à contretemps ; pour que toutes choses aient lieu en leur temps, il est essentiel de réduire le nombre des activités ; pour que les activité ne se multiplient pas, il est essentiel de modérer les désirs ; pour que les désirs restent modérés, il est essentiel de faire retour à la nature et pour faire retour à la nature, il est essentiel de se libérer de tout attache. Se libérer de toute attache, c’est atteindre la vacuité et atteindre la vacuité, c’est parvenir à l’équilibre. Or, l’équilibre est la nature du TAO et le vide sa demeure.

°

Renonce à la sagesse, répudie la connaissance, le peuple en tirera un centuple profit. Renonce à l’humanité, répudie la justice, le peuple reviendra à la piété filiale et à l’amour paternel. Renonce à la technique et son profit, les voleurs et les bandits disparaîtront. Si ces trois préceptes ne suffisent pas, ordonne ce qui suit : discerne le simple et étreints le naturel, réduis ton égoïsme et refrène tes désirs.

°

Cultivé en soi-même sa vertu sera authentique ; cultivé en famille, elle enrichira ; cultivé dans son pays, elle grandira;cultivé dans l’état, elle sera florissante ; cultivé dans le monde, elle deviendra universelle.

°

Celui qui sait ne parle pas,

Celui qui parle ne sait pas.

La réponse de l’idiot du village

Mais qui es-tu pour croire que j’ai besoin que tu m’indiques la lune ?

Elle qui est un astre aussi évident que le soleil

Qui es-tu pour la pointer du doigt

(N’as-tu pas appris qu’il est impoli de montrer quelqu’un du doigt ?)

Tu te crois sage parce que l’on t’appelle ainsi

Et tu montres les astres évidents,

Pour expliquer des folies évidentes elles aussi.

Quand monsieur le sage montre la lune, oui, je regarde son doigt

J’essaye de comprendre ce geste idiot de montrer la lune,

Ce geste idiot qui essaye d’expliquer pourquoi elle se meut dans le ciel

Ce geste idiot de vouloir tout rendre humain, tout rendre compréhensible,

Ce geste idiot de vouloir tout rendre idiot,

Monsieur le sage veut conquérir la lune, les étoiles, l’univers, l’insaisissable infini du ciel

Il veut conquérir et ne cherche pas ce qu’il prétend chercher

Car la vérité est humble, simple, nue,

La lune est une déesse, le ciel est un dieu,

Ce qui veut dire que ces entités nous dépassent,

Ce qui veut dire que nous sommes des hommes et que la sagesse est de savoir quelle est sa place

Sa place n’étant pas de montrer les astres du ciel

Et de dire « je vous suis supérieur, parce que je sais ». En vérité, je vous le dis, les sages ne savent rien.

Et comme dit tout philosophe de comptoir : ἕν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα.

 

Filosofie (hakuna matata)

*

ÉQUITÉ, subst. fém. − Principe impliquant l’appréciation juste, le respect absolu de ce qui est dû à chacun. (source)
ÉGALITÉ, subst. fém. − Fait de ne pas présenter de différence quantitative. (source)

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L’ÉQUITÉ est le principe modérateur du droit objectif (lois, règlements administratifs) selon lequel chacun peut prétendre à un traitement juste, égalitaire et raisonnable. (source)
L’ÉGALITÉ devant la loi ou égalité en droit est le principe selon lequel tout individu doit être traité de la même façon par la loi (principe d’isonomie). Aucun individu ou groupe d’individus ne doit donc avoir de privilèges garantis par la loi. (source)

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Pour simplifier un peu les bases, disons que l’équité est une question de qualité, l’égalité une question de quantité. L’égalité veut que chacun ait deux croissants et une tranche de pastèque ; l’équité veut que les besoins nutritionnels soient remplis (que le musclé ait trois croissants et deux tranches de pastèques, l’enfant juste un croissant, etc.).

Dans le domaine du droit, les choses semblent se compliquer un peu. L’égalité est la cécité de Dame Justice. Pas de privilèges, tout le monde est ex æquo. L’équité est la disponibilité de Dame Justice, ainsi que son caractère, disons, humanoïde.

Là est le turn of the screw.

En droit, l’égalité n’est pas l’égalité hors du droit.

Il faut distinguer le point où s’effectue l’égalité.

Certains penseurs parlent d’égalité des droits versus l’égalité des résultats.

Ainsi, Friedrich Hayek dit : « Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de manière égale et tenter de les rendre égaux. La première est une condition pour une société libre alors que la seconde n’est qu’une nouvelle forme de servitude. » (source)

L’égalité des droits est « traiter les gens de manière égale », respecter cet article fondateur selon lequel les hommes naissent et demeurent égaux en droits. L’égalité des résultats est la forme de servitude que dénonce monsieur Hayek, c’est-à-dire forcer tout le monde à être comme tout le monde.

Idée qui aujourd’hui est élevée au pinacle de la bien-pensance.

Et c’est grâce à ce léger flou lexical que la bien-pensance s’en sort tout le temps. Car remettre en cause l’égalité des résultats revient, pour ces personnes, à proposer un « retour au Moyen-Âge ». Mais pas du tout !

L’idée n’est pas de « revenir » à une société de castes (qui n’a jamais existé qu’en Inde), une société fondée sur l’inégalité des droits. L’idée n’est pas de permettre à des privilégiés de faire impunément n’importe quoi.

L’idée est de cesser d’empêcher les gens d’arriver où ils peuvent.

L’idée est de traiter tout le monde de la même façon, de punir chaque crime par le même châtiment, et de s’arrêter là. L’idée est que le droit règle les débordements, non la marche de la société.

L’égalité des résultats est « 100% des jeunes de 17 ans a 12 au bac Général ». L’égalité des droits est « 100% des jeunes de 17 ans a le droit de passer le bac (hors cas de tricherie) ».

L’égalité des droits punit la tricherie, c’est-à-dire le contournement des règles pour un bénéfice particulier (une forme de privilège, en somme). L’égalité des droits régule un débordement, une atteinte faite à elle-même. Tout le monde est traité de la même manière et ceux qui s’octroient malgré tout des privilèges sont expulsés.

*

Aujourd’hui, « on » ne veut que l’égalité des résultats. « On » veut gagner la même somme que son voisin, avoir les mêmes Louboutins que sa voisine, avoir les mêmes beaux enfants gentils que ses voisins.

Le problème de notre société est que l’égalité des droits n’agit pas partout. Les phénomènes de réseaux, de piston, le jeu d’échecs dans toutes les administrations gangrène le principe égalitaire ; et l’homogamie n’arrange rien. Sur le papier, le fils d’ouvrier a tout à fait le droit de devenir P.-D.G. d’une grande entreprise (et il l’a pu pendant le 19e siècle). Dans les faits, les accointances qu’il faut pour arriver à ce poste ne favorisent que les fils de P.-D.G. (fils naturels ou spirituels, parfois les fils légitimes).

Face à la difficulté qu’il y a à établir une égalité des droits, nombreux se rabattent vers l’égalité des résultats, plus facile, car plus violente, plus illégitime, plus totalitaire.

Paf !

Tout le monde gagne 2000€ par mois, travailleurs comme chômeurs.

Paf !

Tout le monde travaille 5 jours par semaine, onze mois par an, travailleurs comme… chômeurs ?

Paf !

Tout le monde a deux enfants, un garçon et une fille, célibataires comme couples mariés.

Paf !

Tout le monde a quatre petits enfants. Tout le monde part une semaine à la montagne, une semaine à la mer. Tout le monde se lève à 8h, se couche à minuit. Tout le monde est cadre en entreprise. Tout le monde a le même bonheur.

*

La logique totalitaire (que l’on oublie souvent au profit des récits de sang), est que le bonheur est le même pour tous. Le rêve est le même pour tous, et ceux qui rêvent autrement sont les déviants.

L’égalité des résultats procède de la logique totalitaire. Tout le monde a le « devoir » des mêmes choses (là où l’égalité des droits postule que tout le monde a le « droit » aux mêmes choses, mais on peut avoir le droit de manger du chocolat sans s’en servir).

Bien sûr que l’égalité des droits totale est une utopie. Bien sûr, nous ne connaîtrons jamais un monde où chaque habitant a strictement le même traitement que les autres, parce qu’il y aura toujours des clichés, des préférences, des goûts, parce qu’il y aura toujours des méchants, des traumatismes, des rancœurs. Bien sûr, tel patron préfèrera toujours avoir des secrétaires femmes, parce qu’il aime les femmes, ou des secrétaires hommes, parce qu’il aime les hommes. Bien sûr.

Mais en droit, dans cette grande machine nommée Justice, dans cette grande chose qui n’est pas censée être affectée par les passions, par les amours, par les goûts, ne peut-on pas rêver à l’égalité totale ?

Plutôt que d’instaurer des quotas (50% d’hommes et de femmes, mais à ce moment-là, pourquoi pas 25% de blancs, de noirs, d’arabes, de chinois, pourquoi pas 25% de catholiques, de musulmans, de protestants, de bouddhistes, pourquoi pas 25% d’hommes, de femmes, de transsexuels, d’androgynes, pourquoi pas 25% d’hétéros, d’homos, de bi, d’assexuels, pourquoi pas, pourquoi pas, pourquoi pas ?), plutôt donc que d’instaurer des quotas, ne faudrait-il pas favoriser l’égalité des droits ?

Les quotas tuent l’égalité des droits, parce qu’il font embaucher quelqu’un pour ce qu’il est (homme, femme, noir, beur) et non pour ce qu’il peut, ce dont il est capable.

Les quotas affirment les différences, en en faisant un critère de sélection. L’égalité des droits gomme les différences, ou du moins essaye de les rendre inopérantes.

Qu’on punisse le D.R.H. qui embauche un blanc non-qualifié au détriment d’un noir qualifié. Mais qu’on ne l’oblige pas à embaucher un noir non-qualifié (il y en a), uniquement pour avoir les bons quotas.

Le faible nombre de femmes ingénieur ou politiques ne vient pas uniquement des bâtons qu’on met dans leurs roues, mais aussi de l’idée implantée qu’une femme vaut moins qu’un homme. Plutôt que d’obliger une parité (égalité des résultats), pourquoi ne pas déplanter l’idée qu’une femme vaut moins qu’un homme ? Certes, les résultats seront longs à venir. Ce n’est pas en cinq ans qu’on change des siècles de persécution. Mais je croyais qu’il valait mieux guérir les maladies que les symptômes.

*

L’égalité des résultats est une forme de privilège, c’est cette « discrimination positive » dont le seul talent est de faire passer un oxymore pour de la vertu.

Le Figaro de Beaumarchais reprochait au Comte de n’avoir fait que naître pour avoir richesses, terres, gloire. Si demain il ne faut qu’être une femme noire lesbienne pour devenir P.-D.G. de Geupeot, de Nadone ou de Dorbeau-Shecnel, ne serons-nous pas dans la même configuration ?

Si demain il ne faut qu’être né dans les quartiers pauvres de Paris, de deux parents Juifs, pour être au conseil d’administration de Denaur, de Caco-Calo ou de Trance-Félévision, ne sera-ce pas la même bêtise ?

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Finissons sur le Lévitique, 19:15 : « Tu ne commettras point d’iniquité dans tes jugements: tu n’auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice. »

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Avons-nous eu tort de ne pas voter pour le Christ Cosmique ?

Après avoir officiellement demandé au pape de se retirer afin de lui céder la tiare pontificale, le Grand Monarque s’est déclaré candidat aux élections présidentielles de la France en 2017.

Imaginons qu’il ait passé le cap des 500 signatures et supposons qu’il soit aujourd’hui à l’Élysée (après tout, on peut remplacer un clown par un autre, non ?).

Instauration du Paradis, partie 1 : Remplacement de l’internet par l’elvita ; cours de langue reptilienne obligatoires ; reconstruction du troisième Vaisseau de la Vierge écrasé à Roswell et détruit par les illuminati américains ; construction d’un grand centre de la lumière cosmique.

Instauration du Paradis, partie 2 : Grande campagne de recrutement des hommes verts ; investissement dans la recherche pour multiplier les hommes-loups et les hommes-oiseaux ; érection d’un majestueux temple en l’honneur de Quetzacoatl.

Instauration du Paradis, partie 3 : Communiqué officiel aux hommes des souterrains et aux hommes des étoiles ; communion des technologies pour détruire la manipulation électro-magnétique exercée par les illuminati ; envol de Paris grâce aux bonnes grâces des Roumains de Montréal.

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On parle souvent du « gloubiboulga » de Sylvain Durif. En effet, il a cette capacité à mélanger dans une même phrase des inspirations bibliques, teutonnes et australiennes. Géant Vert passe par-là, Twilight aussi, et on se retrouve avec des vampires, des reptiliens, et le Christ cosmique alias Oriana qui se balade en tutu.

Peut-être ce mélange est-il révélateur d’une tendance actuelle. N’est-ce pas le propre d’internet que de mettre à disposition des milliards de références, de les croiser à la va-vite, et d’en pondre une boue indéchiffrable ?

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Les projets politiques et a fortiori celui de notre aimé Président, consistent à « réduire la dette », à « faire baisser le chômage », bref, à atténuer la misère et la douleur. Sylvain Durif eut au moins cette qualité de proposer quelque chose de radicalement différent.

Plutôt que de colmater les trous, détruisons tout et partons vers le Paradis. Il ne faut pas trop se moquer des optimistes, sans eux, qu’elle serait morne, la vie ! Quant à Sylvain Durif, longue vie à lui, longue vie à nos zygomatiques !

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