Choisir entre Charybde et Scylla

Article 25 : La souveraineté réside dans le peuple ; elle est une et indivisible, imprescriptible et inaliénable.

Article 27 : Que tout individu qui usurperait la souveraineté soit à l’instant mis à mort par les hommes libres.

Article 33 : La résistance à l’oppression est la conséquence des autres droits de l’homme.

Article 34 : Il y a oppression contre le corps social, lorsqu’un seul de ses membres est opprimé. Il y a oppression contre chaque membre lorsque le corps social est opprimé.

Article 35 : Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

extraits de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793.

Ci-dessous, une illustration du titre.

Poésie et effet poétique (3)

Harmonie et effet harmonieux ; Classement et effet de classement.

L’harmonie, c’est ordonner des éléments de façon à plaire, à être agréable. L’effet harmonieux donne, à première vue, l’impression que c’est plaisant mais quand on regarde avec deux yeux on se dit que, tout compte fait…

La chose est encore plus claire avec le classement. Le classement, c’est ordonner des éléments de façon hiérarchique. L’effet de classement donne l’impression que c’est classé, mais en fait c’est toujours le même fouillis.

Le classement ne fait pas intervenir le plaisir, mais uniquement le raisonnement. On peut classer les classements, selon leur efficacité.

Par exemple.

J’ai trois livres. Je peux les classer de façon alphabétique, leur taille, leur volume, etc.

Mais l’harmonie ? Ce sera plutôt : tiens, j’ai préféré celui-ci, je vais le mettre au-dessus des autres ; Tiens, celui-là correspond plus à mon humeur du jour…

Bref, l’harmonie touchant au plaisir, il devient très dur de faire un système universel (alors qu’un classement, n’importe qui peut s’en servir).

Quelles conséquences pour la poésie et l’effet poétique ?

L’effet poétique donne à croire qu’il y a de la poésie dans un texte, mais quand on est un peu plus attentif, on n’en trouve pas.

Bien sûr, la poésie, ça fait trois mille ans qu’on la définit, et on n’a toujours pas trouvé ce que ça veut dire. Mais quand même. Mettons, pour un instant, que la poésie soit du sentiment, un souffle, une émotion. La poésie, comme émouvante.

On voit très bien ce qu’est un effet émouvant : une petite fille blonde qui pleure au milieu de ruines, devant des cadavres, avec un violon très mélancolique.

Ou encore l’effet émouvant des films d’actions : des grosses explosions, des ralentis à couper le souffle, des enjeux ultra-planétaires (il y aurait à penser sur le fait que, désormais, les super-héros sauvent la Terre, la Galaxie, l’Univers, alors qu’il y a quelques années ils se contentaient de sauver leur ville, voire uniquement leur peau. Putàclic cinématographique ?).

Ce sont des effets parce que ça ne dure pas. Le film est supplanté par un autre encore plus spectaculaire, la petite fille est remplacée par une autre, encore plus famélique. C’est une banalité comme on en voit tous les jours.

L’émotion ne passe pas. On ne peut pas oublier une émotion. Du moins quand on est un peu sensible.

Tel film, que l’on a vu une fois, et dans des conditions mauvaises, aura pourtant marqué par sa grâce et sa puissance, et l’on s’en souviendra très bien, mais on aura plaisir à le revoir, même tous les mois. Telle musique déclenchant en soi des torrents ravageurs reviendra toujours aux oreilles. Tel tableau s’imprime dans nos yeux.

Telle phrase reviendra toujours, en marche depuis toujours semble-t-il, sans que l’on puisse expliquer son éternel retour, autrement que par la beauté qui s’en dégage.

L’effet poétique est ce très joli texte que l’on lit et que l’on oublie. La poésie est ce texte qui réside dans le cœur.

Bien malin qui les mêlera.

Poésie et effet poétique (2)

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*postcards-jardin-du-luxembourg-2013

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Voici deux images du jardin du Luxembourg, l’une prise en noir et blanc, l’autre en couleur, avec un filtre la passant en niveaux de gris. Laquelle est laquelle ? Which is witch ?

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Le filtre noir et blanc est semblable à l’effet poétique. N’importe quelle photographie amateur, convertie en niveaux de gris, fera « mieux », fera « poétique ». Ceci ne se limite pas à la photographie amateur, cela concerne aussi des professionnels, qui ont pignon sur rue, probablement quelques artistes aussi sont concernés. Mais il ne s’agit pas ici de faire un procès ni de donner des noms.

L’effet poétique peut être défini ainsi : l’impression que quelque chose est poétique. Plus précisément : impression que quelque chose, qui ne l’est pas, est poétique. Encore : vernis qui donne à une banalité une apparence poétique. Il n’est pas certain que la poésie et l’effet poétique s’excluent. Par exemple, si l’on prend un extrait de Verlaine :

Le couchant dardait ses rayons suprêmes

Et le vent berçait les nénuphars blêmes…

On peut raisonnablement penser qu’il y a là poésie ainsi qu’effet poétique.

Après avoir défini « effet poétique », il faudrait définir « poésie ». En essayant de ne pas entrer dans les débats, nous dirons qu’il s’agit d’un langage qui ne fait pas premièrement appel à la raison, à l’intellect, et qui suscite une adhésion (l’admiration, la contemplation, l’amour, par exemple).

Cependant, « effet poétique » et « poésie » ne sont envisagés ici qu’en rapport, et c’est une définition sous forme de contraste qu’il vaut mieux composer.

L’effet poétique est l’apparence de brillance, la poésie est la lumière. La poésie est le feu, l’effet poétique le rouge et le jaune. L’effet poétique est la captation de la mer, la poésie est la mer elle-même. La poésie est un chant, l’effet poétique une récitation.

Bien malin qui les démêlera.